L'Historien incollable du territoire

Jérôme Janicki est un touche à tout : historien, garde à Notre Dame de Lorette, adepte des nouvelles technologies, écrivain... cet amoureux du territoire arrive en quelques instants à vous emmener dans son univers mais par dessous tout à nous faire découvrir des anecdotes sur des lieux, des personnages historiques qui ont marqué notre région. Rafraîchissant, instructif et de toute évidence passionnant !

Garde d’honneur à Lorette, guide aux Boves d’Arras, l’adjectif de « passionné » du territoire vous convient parfaitement. Qu’est-ce qui vous a amené à devenir féru de la Grande Guerre ?

J’ai été très tôt affecté par le désastre de la Grande Guerre, par ces quatre années d’une parenthèse glaçante qui s’est immiscée partout. Je sais bien que depuis que l’Homme est Homme, son impardonnable tort est de trop souvent vouloir bousculer tragiquement les destins et briser les rêves, toutefois les horreurs de la guerre 1914-1918 restent pour moi difficiles à comprendre.

Aujourd’hui, l’horrible vérité, l’histoire du tour catastrophique que prit le conflit, conflit raconté dans les livres des rescapés et des historiens et dans les musées comme le Lens’14-18 à Souchez, ces sources me nourrissent pour mieux saisir les désillusions des uns et des autres et les histoires tragiques.

J’essaie aussi de comprendre le parcours de ces millions de femmes et d’hommes déracinés, venus de Chine, du Canada ou d’Australie pour combattre dans un conflit indéchiffrable. Il m’est difficile de prononcer leurs noms sans ânonner tant leurs histoires me bouleversent.

Aujourd’hui, je cherche dans les archives de nouvelles réponses et je souhaite continuer à passer la Mémoire de nos aïeux pour ne pas oublier.

En 2015, vous sortiez l’application « Collines d’Artois 14-18 », pouvez-vous expliquer en quoi elle consiste ?

En développant l’application Android « Collines d’Artois 14-18 », j’ai d’abord souhaité restituer le souvenir des quatre années de la Première Guerre mondiale en Artois-Gohelle. Le but n’était pas seulement de feuilleter l’album-souvenir de la guerre, je souhaitais cette application pour mobiles et tablettes comme un miroir : le miroir d’une rupture, d’une tension, d’un affrontement, d’un face-à-face difficile à appréhender et le miroir des comportements proches de la folie furieuse.

Truffée de flash-back, l’application raconte le destin de l’Artois-Gohelle qui bascule et aussi l’histoire de l’ennemi, qui au contact des habitants, se révèle tel qu’il est, à la fois odieux et fragile.

En utilisant l’application dans les autobus du réseau urbain Tadao, au détour de chaque rue, j’ai proposé à chacun de se glisser dans la peau de nos aïeux qui, durant quatre ans, adoptèrent le « principe de l’incertitude » si cher à la romancière Augustina Bessa-Luis.
Des écrans y éclairent aussi utilement notre passé.

A propos de cette appli, avez-vous une petite anecdote sur un de vos lieux de prédilection ?

Cap sur Lorette, qui au-delà, de la Nécropole où souffle un authentique esprit de recueillement, on prend plaisir
à respirer l’air des « cimes ». La route qui mène de Souchez à Lorette est LE théâtre sublime pour découvrir la beauté environnante et retracer des siècles d’histoire du département.

On y passe au contexte la mine où ont trimé dans le noir nos aïeux, l’histoire de l’époustouflant stade Bollaert, la chronique de la Grande Guerre…

De plus, derrière, les maisons enfouies sous la verdure, parenthèse sur la ruralité, on voit bien que les habitants de la Gohelle sont restés proches de la terre.

Pour ma part, cette route a un effet vaudou ! Elle est le plus bel endroit pour inspecter avec un soin de douanier une grande partie du département du Pas-de-Calais.

Côté gastronomie, plutôt Ch’ti ou Page 24 ?

Je suis plutôt consommateur avec modération de la "Page 24". La "Page 24" est une légende vivante. Elle fait fleurir dans le verre une multitude de couleurs, de scintillements et de parfums « mélodieux » comme un air d’harmonium.

Pour moi, parler de la bière « Page 24 » c’est l’occasion rêvée pour inciter chacun à visiter la brasserie d’Aix-Noulette. Foncez-y pour vous abreuver des subtiles connaissances du guide de la brasserie qui dévide le fil de soie de la mémoire de cette bière.

Dès l’entrée, on y est happé par la tiédeur dorée de la salle de brassage puis en marge de la visite, la salle de dégustation permet de balancer finement entre une symphonie de brunes, une belle gamme de bières blondes et de bières aux teintes ambrées.

Frites ou chicons ?

Si le choix est le seul moyen de lutter contre la gourmandise, je choisis les frites.
D’abord parce que la pomme-de-terre s’est dévoilée au monde grâce aux travaux du botaniste arrageois Charles de l’Ecluse dit Clusius. Ensuite parce que la « frite c’est la fête » !
Enfin, parce que les friteries sont des lieux de saynètes incroyables.
Ce sont des théâtres de la mémoire, des scènes d’improvisations, les derniers auditoriums du parler du Bassin minier et un des rares lieux où rien ne tourne au vinaigre !
Les yeux pleins d’espoir, on scrute le « marchand de frites » qui, derrière son comptoir-forteresse et ses bocaux de sauces, satisfait le besoin des gourmands. Quand l’innovation et la recherche parviendront-elles à produire des frites de chicon ?

Un ami n’étant pas de la région, vient vous rendre visite. Quel programme lui concoctez-vous ?

Avant de vous dévoiler ma visite type pour un samedi par exemple, voilà ce qu’il faut savoir :
« Sous les giboulées ou sous la chaleur suffocante, sur l’asphalte trempé ou sur l’asphalte fondant, la région autour du Louvre-Lens est une promesse. »
Tout en ayant le goût des haltes non-programmées, voici le programme de visites que je propose à qui veut bien me suivre. L’invitation est lancée !

Matin : Rendez-vous aux jardins à la française des Grands Bureaux de Lens pour un petit-déjeuner sans apprêt et à l’air libre : pain perdu, cassonade et café. De 10h à 12h, visite du musée Louvre-Lens.

Midi : Direction la belle ville d’Arras pour vivre les derniers instants du marché de la Petite Place.
Je déclare : « C’est un lieu bavard et bruyant, un lieu où l’on va pour se mêler aux gens ! ».

C’est l’instant idéal pour découvrir la beauté d’Arras. Déjeuner sur la Place des Héros au café Georget, une institution.

Après-midi : Retour dans le Bassin minier, plus précisément à Avion pour y épouser le mouvement des habitants en plongeant dans deux endroits : d’abord à la bibliothèque du centre Fernand Léger pour y découvrir l’incroyable collection de romans offerts par l’américaine Miss Robin et ensuite, à la cité des Cheminots pour révéler la beauté d’un lieu en particulier à savoir l’école Courty Guy.

L’après-midi se poursuit à Liévin, aux Grands Bureaux des Mines de Liévin, à la recherche des statues chargées d’une incomparable émotion qui font face à la bâtisse. De ce point culminant s’étale par ailleurs le relief de l’Artois Gohelle.

Soir : Escale sur la place de la mairie d’Angres pour y déguster un américain.
Enfin, pour que l’impact émotionnel soit total, direction la route des Canadiens à Givenchy-en-Gohelle, d’où, dans un espace crépusculaire unique, personne n’a assez d’yeux pour contempler le spectacle du Bassin minier qui s’étale à nos pieds.

Le parcours touristique que je propose se termine à deux pas du Parc commémoratif du Canada et du Mémorial illuminé. C’est un final en outre-verbe !

Les Bonnes adresses de Jérôme Janicki

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