Entre la salle des coffres, l’appartement du directeur, le hall d’accueil et la salle de triage et des recettes, ce sont près de 1525 m² qui sont dédiés à l’art contemporain. Avec Labanque, il y a vraiment de quoi jouer à cash-cash.

VISITER la salle des coffres de la Banque de France est une expérience aussi rare que de pénétrer dans un réacteur nucléaire. « Je suis bien placé pour le dire, j’ai fait les deux. La différence, c’est que je ne verrai plus jamais l’intérieur d’une centrale de ma vie.» Derrière la confession d’Eric Deleval, on perçoit une petite note de fierté à peine dissimulée. A quelques jours de la réouverture de Labanque, le conseiller communautaire d’Artois Comm. Béthune-Bruay délégué au développement culturel laisse finalement exploser son enthousiasme. « Un endroit pareil dédié à l’art contemporain. Il fallait oser. » Après trois ans de travaux pour mise aux normes, l’élégante forteresse reprend du service. Dès la fin du mois, ses herses dissimuleront une triple exposition.
Et si vous n’êtes pas convaincus, sachez qu’à elle seule, la visite de Labanque vaut son pesant d’or.

Pièces rares

La salle des archives fait froid dans le dos. Le sol en béton absorbe nos pas et les néons recouvrent les rangements vides d’un maladif glacis verdâtre. A quelques mètres, la salle des coffres semble quant à elle avoir été dévalisée. Même constat dans les deux espaces adjacents où l’on stockait jadis les billets usagés mais aussi l’équivalent d’un trimestre d’autonomie en billets neufs pour répondre au besoin de l’arrondissement. Les sous-sols de l’ancienne Banque de France nous plongent dans une atmosphère glaçante « mais finalement très inspirante », souligne Eric Deleval.

Un autre lieu tisonne l’imagination : la serre de monnaies. Conçue sur trois niveaux, elle apparaît telle qu’elle était autrefois, avec ses rangements bien ordonnés, son monte-charge d’origine et sa coursive équipée de trois pupitres à roulettes. Elément indispensable pour préparer les commandes des clients. Ici comme partout ailleurs à Labanque, tout est resté dans son jus. Le bureau et les appartements cossus du directeur, le hall d’accueil et son immense guichet jusqu’au tour de garde, étroit corridor souterrain qui cernait l’ensemble des pièces stratégiques. Histoire de s’assurer que personne n’était en train de forer les murs.

Avant d’exposer quoi que ce soit, les artistes devront d’abord s’imprégner des lieux puis générer des créations 100% Labanque. Et non pas l’inverse. Avec une telle matière première, je vous fiche mon billet qu’ils y parviendront.

Labanque, 44 place Georges Clemenceau à Béthune. Tél. : 03 21 63 04 70. Ouvert du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Tarifs : 6/3 €. Gratuit les 23 et 24 avril 2016 ainsi que le premier dimanche de chaque mois.

Trois artistes font sursauter Labanque
Pour sa première exposition, Labanque a rassemblé trois artistes aux tempéraments bien trempés : Mounir Fatmi, Michaële-Andréa Schatt et John Davies. Avec Profondeur de Champ, Mounir Fatmi se propose de regarder une œuvre d’art à travers le prisme de la violence et de l’actualité. Notamment le rapport au sacré. Avec Le temps des C(e)rises, Michaële-Andréa Schatt porte un regard sur la précarité des hommes en ces temps de crise et d’exil. John Davies propose quant à lui une série de clichés pris depuis le faîte des terrils et révèle une tension entre le paysage et l’industrie.
Exposition visible du 23 avril au 28 août 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

Crédit photo : Pidz / www.pidz.com